Démarche

Si l'on peut deviner une forme connue ou un monde terrestre dans mes tableaux, il importe de savoir que mes œuvres souhaitent toucher aux mondes de la perception, de la sensualité et de l’onirique (ce qui à trait au rêve) avant tout.

En effet, je souhaite de mes toiles qu’elles puissent évoquer plutôt que de décrire.

Célébration, méditation et ode à la matière des éléments naturels et aux perceptions qui s'y rattachent, mes tableaux visent l’éveil des sens en passant par l’abstraction lyrique.

La peinture devient alors un vecteur où le souvenir et le réel s’unissent. La base de ces souvenirs étant toujours la nature.

Mon parcours est long et sinueux mais la base de ma reflexion est inspirée en grande partie par mes dernières années passées en campagne dans la vallée du Shenandoah (Virginie, sud des États-Unis), ou de mes périples dans les parcs nationaux de la Floride où je vécue entourée de jardins luxuriants et de rivières, de forets et d’étangs. Ces voyages, unis à des lectures et des recherches variées alliant la philosophie dites "transcendantale" de Thoreau dans Walden par exemple, ou de divers ouvrages de Georges Mathieu, père de l'abstraction lyrique m'ont amenés vers une peinture que l'on pourrait qualifiée d'abstraite, néo impressionniste et post féministe.

Ayant vécu dans ces magnifiques lieux où la végétation foisonne, où l'abondance de couleurs stimule, je me vois aujourd'hui rediriger le sens de ma pratique afin de capter ces impressions, ces univers, et d’extérioriser les traces que ces passages ont eues sur ma mémoire et mon inconscient. La nature est fragile et omniprésente, pour moi, sa celebration ne passera jamais de mode. Le romantisme et le sublime à l'ère du digital peuvent être, quant à moi, des postulats radicaux.

J’aime à retracer sur la toile les sensations qui se lient à ces espaces naturels visités (jardins, jungles, forêts, rivières) dont je garde des images floues en constantes évolutions. Telle est, après tout, la nature d’un souvenir et de ses interprétations : tout souvenir devient muable et donc subjectif.

Étant issue d’une famille multi -culturelle de père Vénezuelien- Costa Ricain et d'une mère québécoise, nièce du botaniste et grand amoureux des plantes, frère Marie -Victorin, je suis donc immigrante de deuxième génération et il va sans dire que mon esthétique et mon langage visuel abrite lui aussi une dualité picturale qui conjuguent ces univers.

Ainsi, je parcours instinctivement les palettes de couleurs et les formes qui ont pu, jadis, s'y rattacher. Ma peinture est directe, fluide, méditative, lyrique et expressionniste. De mon œuvre, je souhaite qu'il jaillisse un sentiment de joie et de mystère. Ces mêmes sentiments qui, pour moi, accompagnent en nature toute rencontre avec l'indompté, le spontané, le sauvage et le divin. Il m’importe ici de citer une oeuvre qui me touche personnellement et qui se rattache aux thèmes explorés, soit Les Nourritures terrestres d’André Gide. Publié en 1897, cet ouvrage évoque le désir et l’éveil des sens.


«Il ne suffit pas de lire que les sables des plages sont doux, je veux que mes pieds nus le sentent. Toute connaissance qui n'est pas précédée d'une sensation m'est inutile. »

« Que l'importance soit dans ton regard, non dans la chose regardée. »

- André Gide, Les Nourritures terrestres (1897)